Jeudi 20 décembre 2007
Skarod Juliet Parker

Juliet Parker. Issue d'une famille riche des quartiers aisés de Londres : Chelsea. A fait ses études en France car elle a du être eloignée du noyau familial pour des raisons inconnues de ses camarades. Elle a donc été partiellement élevée par sa tante Jane mariée à Philippe un fermier francais de famille aisée. Elle vit maintenant a Londres a Chiswick ou elle possede un appartement loft au dernier etage d'une maison Victorienne. Elle a travaillé longtemps avec sa meilleure amie dans la mode et a récement tout quitté pour se lancer dans la peinture. Elle vient de terminer une relation tumultueuse qui avait duré 7 ans avec un avocat. Elle n'a pas forcement envie de revoir ses camarades francais, mais curieuse de nature elle a envie de voir ce que les autres sont devenus. Elle a peut-être un peu plus envie de revoir Justin, pour qui elle avait eu un faible. Mais surtout elle va en profiter pour se reposer la tête apres sa séparation et passer quelques temps chez son oncle et sa tante. Elle n'a pas la moindre intention de faire de la plongée ayant toujours eu tres peur de l'eau depuis un incident survenu dans son enfance.

Sushina et Heidi Juliette Rosambo

Juliette Rosambo était la coqueluche de la promo 87. Peu futée mais portant des jupes incroyablement courtes, son plus grand plaisir était de traumatiser les bizus femelles lors des soirées d'intégration. Après l'école, elle a vite fait de se trouver un riche cadre supérieur qui passe sa vie au bureau avec des secrétaires plus que suspectes. Elle lui a pondu trois gosses et depuis, elle passe la majorité de son temps à tenter de perdre ses kilos en trop. Juliette regrette beaucoup cette période dorée de sa vie où tous les élèves étaient à ses ordres et c'est pourquoi elle a accepté l'invitation..

Monsterjack Antone Marlus

Age : la quarantaine. Profession : Professeur-chercheur de mathématique. Statut : n'est pas seul. Particularité : Est devenu amnésique au cours de ce week-end d'intégration, dont il ne garde plus aucun souvenir, ni même de la vie antérieure à ce dernier. Suite à ce week-end, il n'a pas poursuivi ses études dans cette école de commerce, et bien que peu doué initialement dans cette matière, il s'est bizarrement lancé dans les mathématiques où il est devenu un génie de la mathématique dont les travaux ont été reconnus unanimement. Quand il reçoit le carton d'invitation, il a un choc car l'année de la promotion correspond à la période où il a perdu la mémoire. Il répond à l'invitation dans l'espoir de comprendre ce qui a provoqué son amnésie et de peut-être de retrouver la mémoire. Il n'a jamais revu les personnes de sa promotion et n'a aucune idée de leur identité. Précision importante : les personnes invitées à ce week-end ne savent pas qu'il est devenu amnésique suite à cette soirée.

Wasicu Justin Meunier

Elevé dans une famille bourgeoise stricte et Catholique. Vouvoiement des parents, internat, nourrice, précepteur. Contact avec les parents quasiment nul. Il parle français, anglais, allemand, russe et possède des rudiments de mandarin. Sur le chemin de la gloire à sa sortie de ESC. Il se maria avec une descendante de réfugiés russes des années vingt. Bonne famille. Puis vint le divorce qui déstabilisa complètement Justin. Il ne pouvait plus voir son fils. Une rencontre fortuite avec un ami de l'armée, ils étaient ex-Yougoslavie et le voilà traficotant des prostituées de l'est sur les marchés de l'UE. Il a trois téléphones portables en permanence avec lui. Le personnel, le professionnel et celui avec lequel il communique avec Roger son ami de l'armée. Lorsqu'il reçut l'invitation il n'avait aucunement l'intention d'y répondre quand la mafia russe qui désire s'accaparer de son business à fait sauter sa voiture (une Jaguar) en plein Paris. Une victime, le mec de la fourrière qui enlevait la-dite Jaguar garée sur un passage piéton. Il ne souvient plus de l'expéditeur de l'invitation. Seules deux personnes lui restent en mémoire de la promotion 1987. Il voyage donc en train. Il est en fuite et va chercher refuge en Sologne. On peut le trouver sur internet grâce à sa société d'import-export nommée SOIMPEX EURL basée à la Défense et à l'association 1901 "Découverte des cultures" qui présente des groupes folkloriques des pays de l'est en UE. Ces deux organisations ne servent qu'a son trafic. C'est un homme intelligent qui n'éprouve plus rien, sauf pour son fils. Les autres étant là pour satisfaire ses désirs et ses fantasmes ou pour servir ses intérêts. Il ferait bien éliminer son ex-femme mais il craint pour son fils. Il n'a avec lui que le strict minimum et pas de tenue de plongée. Il en achètera une sur place.

Saxnana Monique Turbot

Monique TURBOT est mariée et a 2 enfants. A la suite de l'ESC Nantes, Monique entre à la banque vosgienne comme conseillère commerciale...Elle a quitté l'ouest de la France et elle y est toujours...sans enthousiasme...a eu plusieurs fois envie de tout plaquer pour partir en Australie, pays de ses rêves. Son couple ne marche pas du tout ! Les enfants sont en crise d'adolescence. Elle a toujours été mal dans sa peau et dans son corps rondouillard, mais n'a jamais eu la volonté de changer les choses. Quand elle a reçu le carton d'invitation, son sang n'a fait qu'un tour. Tant de souvenirs se bousculent alors dans sa tête, elle a peur de revoir tous ces gens oubliés douloureusement. Elle décide de refuser l'invitation, n'ayant pas le courage d'affronter tant de mauvais souvenirs. En plus, elle a horreur des animaux et donc des chevaux et ne supporte pas de se mettre en maillot de bain. Par contre, fille et petite-fille de chasseurs, elle adore tirer et vise très bien !

The Ultimate Ginger Ninja Tristan de la Bretaudière

-Je peux cracher où, monsieur ? Effaré, je regarde la bonne qui vient de se redresser. Je lui tend le doigt vers le lavabo. "Là". Je pose un peu d'argent sur le guéridon. Elle refait son corsage. Gros nichons, gros cul, tête de cochonne. Elle prend l'argent. Elle veut dire quelque chose, je l'en dissuade. "Tu te casses" fais-je. Non mais. A 500 euros la pipe, elle veut quoi en plus ? Ah, la garce ! Pas la bonne, ma femme. "Je pars en week-end, patati, patata". Tu parles. Tu vas te vautrer dans le lit d'un autre oui. Mais, elle ne me connaît pas. Chez les de la Bretaudière, quand on se marie, c'est pour la vie. "Les femmes volages sont la honte de notre société" dit père bien souvent. Il a raison le vieux schnock. Enfin, vu la trombine de Mère, sa demi-cousine, les risques sont modérés. Et vu la gueule d'Edmée, ma soeur, mi-trisomique, mi-nonne, disons que de ce côté là aussi, c'est blindé. Reste Juliette. Je l'ai rencontrée par hasard dans un rallye. Dire que l'on s'est plu serait sans doute un peu mentir, mais quand elle a su que j'étais l'héritier des usines de la Bretaudière, elle y a mis les formes. Ah, la garce ! De plus, depuis quelque temps, elle a une fâcheuse tendance à grossir comme une vieille vache. Faut voir ce qu'elle bouffe, aussi : elle s'empiffre comme une truie à longueur de journée, à s'en péter la panse. "Vous ne pensez pas qu'elle est enceinte ?" s'est réjouie Mère. Bien sûr. Avec mon patrimoine génétique avarié, mes spermatozoïdes font plus penser à l'armée napoléonienne après Waterloo qu'à une division de Panzer à l'automne 39. Pas de risque là dessus. Je peux y aller dans tous les sens, la déscendance s'arrête à moi, à votre fric et à ma vie trépidante de fils à papa, directeur des usines par lignage direct. Enceinte. Elle a un jules. Pas de batard dans la maison. Je vais y aller à son week-end de fiançailles, moi. La sotte m'a laissé le plan sur le chevet du lit conjugal. Y'avait marqué que ce n'était pas la peine d'apporter son fusil de chasse, avec. Mais à ce que je sache, cette invitation ne s'adressait qu'aux invités : ça tombe bien, j'en ai mis deux en tourelles à l'arrière de mon Hummer que je transbahute dans des chasses privées en Pologne. Deux putains de pétard qui font des trous comme ça. Je partirai une heure après elle. Fais ta prière, sagouin !


Sommaire
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Jeudi 20 décembre 2007

Dreamlita

Carmina Hélio

Après ses études, elle n'a jamais eu une vie très stable. Sans enfants, elle a été un peu journaliste, un peu attachée de presse, un peu danseuse, diseuse de bonne aventure... Elle a pas mal navigué dans le sillage d'hommes qui avaient de l'argent ou du pouvoir, en France et ailleurs. Manipulatrice de petite envergure, séductrice, elle a des moeurs imprécises et peu de morale. Elle triche, fabule pour le plaisir ou pour obtenir quelque chose des autres. Actuellement, elle vivote et s'est auto-proclamée psychothérapeute. N'ayant jamais pu construire une vie heureuse, elle est seule et bien décidée à saisir toute occasion pour échapper à sa solitude et à sa vie étriquée. Pour elle, cette invitation est une aubaine. Elle ne se souvient pas très bien de ce qui s'est passé lors du bizutage et elle s'en moque.

Patrick Fort Baptiste Calvignac

Baptiste CALVIGNAC vit à l'écart du monde depuis 2 ans, dans un petit village en Dordogne, dans une ferme qu'il a retapé. Le jour de ses 40 ans, il a décidé de tout envoyer promener : son boulot, sa femme et de se consacrer à la sculpture et à la peinture. Il a toujours subi les évènements et n'a jamais vraiment choisi sa vie. Il a fait ses études à l'ESC de Nantes pour faire plaisir à ses parents. Il a travaillé dans la publicité parce qu'il était prévu qu'il occupe ce poste. Les 40 premières années de sa vie ont été placées sous le signe de la passivité. Puis, il y a eu un "déclic" qui l'a changé et il a compris qu'il avait fait fausse route jusqu'à présent, que sa vie était un désastre. Le bizutage, il s'en souvient douloureusement. Comme d'habitude, il avait laissé faire et n'était pas intervenu. Céline ? Il en était amoureux mais il ne lui avait rien avoué. Il se rend là-bas pour la revoir, lui expliquer, s'excuser, chercher le pardon et, qui sait, autre chose. Il n'est jamais trop tard. Les autres ne l'intéressent pas plus que ça. Ils les a évacués de sa mémoire. Il n'a pas grand chose à leur dire. Seule Céline compte. Il va à ce rendez-vous, plein d'espoir et d'inquiétude. Particularité physique : il boite depuis un an, suite à un accident de voiture et ne se déplace pas sans sa canne. Alors la plongée et l'équitation...très peu pour lui. Il se rend au lieu de rendez-vous dans une voiture adaptée à son handicap. Conduire l'effraie mais il va essayer de vaincre son appréhension et son angoisse. C'est un test.

Cat Bertrand de La Taillade

Mon nom est Bertrand de La Taillade, j'ai 41 ans. Je suis issu d'une riche famille d'industriels du textile du nord de la France. Je vis en grande partie à Lille. Pour les besoins de ma profession, je me rends de temps en temps à Paris où j'ai une maîtresse qui insiste lourdement pour que je quitte ma femme, une aristocrate aujourd'hui bien fanée et coincée…Et dont j'ai 4 enfants. Je suis patron de presse d'un journal régional qui va bientôt être avalé par un grand groupe. Je fais un peu de politique et compte me présenter aux prochaines élections municipales. Pour me défouler et échapper à ma femme que je ne supporte plus, je passe tous les week- end à chasser. C'est pour cette raison que l'invitation de Céline a attiré mon attention. J'ai apporté mes propres fusils. La plongée, pourquoi pas ? Mais je ne vois pas très bien où on peut la pratiquer en Sologne. En ce moment, je ne vais pas très bien…Mon boulot, ma femme, ma maîtresse…et ces voix dans ma tête... J'ai eu un flirt avec Céline, sans plus…je venais de me fiancer et j'avais d'autres chats à fouetter. Je le regrette, j'aurais dû en profiter davantage…car elle était plutôt mignonne. Je n'ai pas directement participé au bizutage, mais j'ai maté.

Soleidebrousse Catherine Deschamps

Age : 44 ans Profession : actuellement - SDF Particularité physique : Obèse avec un très beau visage. Statut : a été vue pour la dernière fois à son domicile le 31 décembre 1999. Mère de deux enfants majeurs, épouse d'un homme d'affaire de renommée internationale. Niveau Universitaire, spécialiste en criminologie. Toutes les recherches effectuées pour la retrouver se sont révélées infructueuses. Catherine n'a jamais fait partie de la promotion, en fait, elle se rend à l'invitation parce qu'elle a trouvé le carton d'invitation au nom de MARIE PLANCHON par terre, abandonné dans un dossier cartonné contenant des fiches annotées sur tous les invités du week-end, sous le porche de l'hôtel particulier où elle se réfugie la nuit, et qu'elle compte bien se faire passer un week-end tous frais payés et intriguée par ce qu'elle a pu lire dans les fiches…. Elle compte bien se faire passer pour la Marie en question et se marrer un peu.

Caro Eliana Massimo

Profession:comédienne de niveau moyen. Qualité:Caméléon dans toutes situations. Statut:Veuve depuis quelques mois. Donc pas de plongée,ni d'équitation. Cela pourrait nuire à son image d'"artiste". Du bizutage,pas de grands souvenirs,juste un passage obligatoire.Des amis en a-t-elle vraiment eu? Elle accepte l'invitation par curiosité, peut-être aussi pour comparer sa vie à celle des autres.

Iah-hel Eric Genèste

Profession : journaliste(un jour), écrivain raté, scribouillard... Statut : vit seul après un divorce qui à provoqué son déclin en 1996.... il a un fils, qu'il ne voit jamais. Est devenu journaliste à la sortie de l'ESC Nantes. Promotion 1987. Il a très bien vécu ce WE d'intégration, étant toujours le premier pour faire le con. Il a pris part au bizutage mais, n'a rien fait de bien méchant. Il était l'emmerdeur de service, l'empêcheur de tourner en rond, toujours en désaccord avec les autres. Il s'est marié en 1989 et a eu un enfant avant de divorcé 7 années plus tard. Il à très mal vécu son divorce et c'est mis à boire. Suite au divorce, il s'est essayé comme écrivain, mais c'est cassé la gueule, descendu en flèche par la profession et les critiques. Un moment douloureux pour son égo, qui a fini par le plonger dans l'alcoolisme le plus total. Il est alcoolique depuis maintenant 10 ans et vit seul dans un appartement minable de 25 m2 dont il est locataire. Il travaille pour un canard de temps en temps, histoire d'avoir un peu d'argent. A la réception de ce carton d'invitation, il a du mal à comprendre le pourquoi d'une telle attention, au vu du personnage qu'il était déjà à l'époque et celui qu'il est devenu par la suite. Il se rappelle vaguement de sa promo, mais l'alcool ayant bien attaqué son cerveau il a du mal à se rem⇒morer qui étaient ses camarades de l'époque. Il se doute donc, qu'il y a anguille sous roche mais, la curiosité l'emportant sur sa méfiance, il décide malgré tout d'être du voyage. Il se déplacera en train.

Hervé Pizon Marian Feldmann

Homme, 42 ans, directeur associé d'un grand cabinet de consulting en management. Au contact permanent des conseils d'administration de très grandes entreprises. Jouissant d'une très grande estime de la part de ses collaborateurs, il se vante -souvent à raison- d'être le seul à être capable de faire s'asseoir et taire les patrons du CAC 40. Il vit dans une très grande maison, à la campagne, entouré d'une femme aimante, médecin de profession, et 4 enfants. Il déteste toute forme de mondanité et, par dessus tout, les retrouvailles, même s'il garde d'excellents souvenirs de sa vie estudiantine et d'Ingrid en particulier. Il se rend à ce rendez-vous à contre coeur, irrité, sans curiosité aucune s'est il convaincu, avec le sentiment et la certitude qu'il doit y aller.

Emmanuelle Grangé Ingrid Salvinski

Elle se demande encore qui est Céline, il y en avait trois du même prénom dans la promo, mais la Sologne, elle aime bien, encore plus les châteaux, et elle se souvient d'un élève leader, sera-t-il lui aussi au rendez-vous ? Elle habite Paris, célibataire, 42 ans, deux enfants, travaille au service relations publiques dans une boîte d'avocats. Déteste l'eau, mais pas le whisky Perrier. Elle prend dans ses bagages un maillot de bain, des pantalons, la photo de la promo 87, une robe, des pulls, des chaussures, elle prend trop, elle a peur de manquer, on ne sait jamais. Elle est grande, mince, cheveux longs depuis toujours. Elle ne mange pas de viande. Elle ne conduit pas. Elle prendra le train, puis un taxi. Elle verra à Blois. Dans son sac à main, le plan envoyé par Céline et un Turbuhaler Bricanyl, elle est asthmatique. Elle n'a pas eu le temps de rechercher les autres élèves de la promo, elle prend son micro portable.


Tableau II.
par Collectif public publié dans : ESC Nantes
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Vendredi 14 décembre 2007

Sur 26 invitations lancées, 13 anciens de la promo ont répondu.
Treize au château. Chiffre prometteur !
Depuis des mois, je ne cesse de regarder la photo de la promo, jusqu'à l'obsession. Sourires de jeunes loups, Alexandre en herbe de la finance et du business, mini jupes conquérantes, Messaline des start-up. Le monde était à vous les copains, vous en seriez les maîtres. Dans vos yeux, la lueur des stocks options à venir.
Et maintenant ?
Vous avez la bedaine triomphante, la lippe tremblante de satisfaction, des seins qui flanchent de façon inversement proportionnelle au CAC 40 et sur votre visage des sillons qui commencent à raconter votre histoire. Notre histoire…
Une sacrée bande de potes. Jamais, on ne se lâcherait, unis pour la vie, pas de coups bas entre gens du même monde, quoi qu'il arrive on se renverrait l'ascenseur, on se refilerait quelques tuyaux et des actions en guise de cadeaux de Noël. Qui vous parle de délit d'initiés ?
Vingt ans après…Quel bonheur de vous revoir les amis !
Ça fait tellement longtemps que j'attends ce moment. J'en ai passé du temps à mener l'enquête sur chacun d'entre vous. C'est pas vraiment joli joli ce que j'ai découvert. Mais ce n'est pas pour voir vos tronches de quadragénaire et larmoyer sur le bon vieux temps passé que je vous ai fait venir.
Je suis sûre qu'en ce moment même, vous êtes comme moi, penchés sur la photo, à vous demander où se trouve cette Céline M. à l'origine d'une si heureuse initiative. Je ne vous ai pas facilité la tâche. Cette année là, il y avait trois Céline !
Je vais vous rafraîchir un peu la mémoire avant de vous rappeler ce qui m'est arrivé. Venez, on va plonger ensemble dans les marais putrides. Tenue de plongée exigée et masque à oxygène nécessaire ! Pour les fusils, pas la peine d'apporter les vôtres, j'ai ce qu'il faut !


Je pense que vous vous souvenez tous de ce fameux week-end d'intégration dont le thème était « Donjons et Châteaux ». Et bien, ce n'était pas la visite en car climatisé des châteaux de la Loire…dans le marais Breton. Journée d'intégration, une expression bien propre et lisse pour désigner un rituel censé métamorphoser soudainement des adolescents en adultes, pratique autrement appelée, bizutage. C'est sûr qu'après deux jours passés à boire, à ne pas dormir, à être humiliés, avilis, on se sent devenus des hommes et des femmes ayant intégrés pleinement les valeurs du groupe, de l'école et de la société… Vous me direz que de tels rituels de passage existent dans les sociétés dites primitives. L'objectif n'est pas le même selon moi. Les primitifs ne sont pas ceux qu'on croit…
En quoi avilir ferait-il grandir ?
Vous avez déjà vu des bizutages d'étudiants en lettres ou en philo, vous ?
Le bizutage ne sert qu'à mettre en exergue et redistribuer les rôles tels qu'ils existent déjà dans la société.
Trois types d'individus : les spectateurs, les bourreaux et les victimes. Et parmi, les victimes, une sous-catégorie, les consentantes. Celles qui jouent double jeu. Celles qui trouvent normal de se laisser enduire les seins de crème Chantilly et de se faire lécher ensuite par tous les gars de la promo. N'est-ce pas Carmina ? Ça ne t'a pas gênée de jouer sur les deux tableaux à la fois. Tu as toujours aimé le goût de la Chantilly. Et toi Juliet, tu n'as pas dit non, tu en as même réclamé un supplément gratuit pour couronner tes framboises. Toi aussi Monique, tu as mangé à tous les râteliers…Pas un cri de rébellion, pas une plainte…Pourtant ce jour-là, tu as su joliment imiter le cri de la truie. Et puis, tu aurais pu dire non…L'instinct « animal » te poussait à te venger, à rendre coup pour coup. Tu étais tellement ivre que tu ne savais plus sur qui tu tombais…Moi, je sais !
C'est bien connu, faut lécher et être léché pour réussir !!!
Tu as vu Eléna, comme tu faisais partie des maîtres à penser de la bande, je ne t'ai pas oubliée. Ma petite attention a dû te ravir. Comment oublier le supplice si raffiné de la rose et de l'étoile ? Cette idée de balader en laisse des bizus femelles nues avec une rose et ses épines coincées entre les fesses, ça venait bien de toi ? De même, l'épinglage à même la peau d'une étoile rose pour les mâles ? Et gare à ceux qui lâchaient prise…
Et puis, il y avait les maîtres de cérémonie. Ceux qui ordonnaient mais ne touchaient pas. Toi, Marie, à qui je n'ai pas envie de chanter du Johnny, l'éminence grise de Marian. A l'époque on t'avait surnommé KGB. Tu avais établi des fiches sur chacun d'entre nous : nos goûts, nos origines, nos manies et nos faiblesses surtout… Et tu les avais vendues en échange de quelques services à Marian, l'ordonnateur suprême de ce week-end, afin qu'il personnalise les supplices. Je suis sûre que tu ne viendras pas au château les mains vides. Toujours au RG ? Toi, Marian, je suis sûre que tu dors sur tes deux oreilles en compagnie de ta très jolie femme. Si tes impeccables enfants blonds savaient … Tes mains ont toujours été propres, tu avais refilé à d'autres bourreaux plus serviles la tâche de se les salir à ta place…à Carmina ou à Juliette, très bonnes élèves dans ce domaine... Je t'ai vu regarder d'une fenêtre, tel un empereur romain, la course de bizus que des cavaliers faisaient avancer à coups de cravache.
Et toi, Justin, le chéri de ces dames, le bourreau des c,,urs, tu en avais des idées à l'époque…Mais au fond, tu n'as pas tellement changé…toi, tu faisais plus dans le genre viril et militaire : ramper dans le purin, passer de l'autre côté d'une planche recouverte de clous rouillés pour se retomber le nez dans le lisier de porc. Ça vous forge une homme tout ça, monsieur ! Le tout sur fond de solides bitures…pour oublier qu'on a un corps, une âme, une conscience…
Et puis, il y avait les autres, les mateurs, les victimes persuadées que c'était un mal nécessaire pour devenir ce à quoi la société nous destinait ; les planqués comme toi Ingrid qui était revenue le lundi en cours avec un certificat médical.
Et toi, Bertrand, qui, quelques jours auparavant avait flirté avec moi, comme le dernier des couards, tu n'as rien fait. Tu t'es contenté comme les autres de te rincer l',,il. Tu dors bien la nuit ?
Ah, toi, Anton ! J'ai un petit faible pour toi. Bien au chaud entre les maths et l'amnésie. Il paraît que tu es devenu un génie ! Parfois, ça sert de recevoir un petit coup de massue sur la casquette. Quelques neurones et synapses bousculés, et hop, comme par miracle de crétin, tu passes à futur Prix Nobel. Elle est pas belle la vie ? Tu vois Einstein, je ne suis pas certaine que tu aies envie de retrouver la mémoire…On en reparlera plus tard si tu veux bien, en tête à tête.
Et toi, Baptiste, sur la photo, tu me couves des yeux avec ton bon regard de cocker en rut. Tu en bavais pour moi, ça se voit. C'est ton amour pour moi qui t'a aveuglé et paralysé ce jour-là ? Entre nous, ça aurait fait une histoire boiteuse…
Si tu m'aimais, il ne fallait pas attendre vingt ans pour me le dire comme tu penses certainement le faire. Sinon, quelle autre raison te conduirait au château ?
Mais, je vais te dire, mon coco, c'est un peu tard pour me faire ta déclaration sous le balcon. Je ne suis pas Céline. Céline n'existe plus, elle est morte…

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Vendredi 14 décembre 2007

"Si elle continue à me regarder comme ça la vieille bique près de la fenêtre, je vais lui mettre mon poing sur la gueule, ça va lui ravaler sa façade. J'ai beau essayer de me concentrer sur ce que je tiens entre les mains, je n'arrive pas à faire abstraction des regards qui ne cessent de balayer mon corps depuis que je me suis installée dans le compartiment. Faut dire que je suis une sacrée grosse, obèse même.
Obèse….. mais sacrément jolie du visage. Ça va faire huit ans maintenant que j'ai décidé de disparaître. Me rendre méconnaissable ça fait partie du packaging que je me suis choisi le 31 décembre 1999 au moment où j'ai définitivement quitté mon domicile et mon ancienne vie. La prise de poids, y a rien de tel pour vous rendre invisible. Je sais de quoi je parle, je suis une ex-criminologiste….
La seule chose qu'on retiendra de vous, c'est la quantité de place que vous avez pris aux autres.
Tout en haussant les épaules, je fusille du regard la blondasse qui me fait face et replonge mon joli nez dans le dossier graisseux. Pour la énième fois, je relis le nom et l'adresse sur l'enveloppe. Ça fait quinze jours que j'ai découvert le tout. C'était abandonné dans une poubelle sous le porche de l'hôtel particulier où je crèche depuis le début de l'automne. T'as intérêt à faire vite à Paris, si tu veux avoir une place au chaud pour l'hiver. Marie Planchon, 16 rue Montevideo, 75016 Paris. Une invitation pour se rendre à un week-end de retrouvailles. Une petite huitaine de jours m'a suffi pour l'identifier la Planchon, en me planquant près des boîtes aux lettres. Planquer pour une baleine comme moi échouée dans le quartier, c'est pas des plus faciles ! Mais malgré mon pitoyable statut de SDF, j'ai pas perdu mon radar. Faut dire que baleine ou pas, quand t'as bossé pour la criminelle pendant dix ans, t'oublies pas ça du jour au lendemain. Je cherchais quelques trucs pour améliorer mon confort quotidien. On peut changer de vie, plus difficilement d'habitudes, c'est un secret pour personne, un truc pareil. D'ailleurs, si au lieu de s'occuper de ses saloperies de multinationales qui font pencher toujours la planète du même côté mon mari, avait ne serait-ce que deux idées qui se suivent à mon sujet, cela ferait sûrement un bail qu'il m'aurait remis la main dessus. J'aime pas le changement. Je dirais même mieux, je déteste tout ce qui vient perturber mes habitudes. Et si je m'emballe pour un week-end en Sologne, c'est moins par envie de promenade que pour satisfaire mon penchant à dénouer ces putains d'intrigues tortueuses que les gens mettent des siècles à mettre au point et que de fatales erreurs dénouent en un rien de temps (tu parles d'une « fatal error » ! ). La grognasse qu'invite tout le monde, elle s'appelle Céline. Pourtant le beau monde, c'est pas du plus pur si j'en crois les notes que je viens de lire en feuilletant le dossier.
En fait, j'aurais pas eu un rond pour prendre le train pour Blois si tout à la fin j'avais pas trouvé une nouvelle enveloppe dans laquelle étaient soigneusement pliés cinq billets de 500 euros. La vache, c'était plus qu'il m'en fallait pour me payer une bonne tranche de rigolade. Je n'ai eu plus qu'à prendre le train et rejoindre Cellettes où se trouve ce putain de château pour quadragénaires en mal d'affection. Ça doit quand même faire deux cents kilomètres, ce qui me laisse largement le temps de continuer à étudier la bombe que j'ai entre les mains. La petite Céline a eu beau préciser, tenue de plongée exigée, je sens bien que c'est pas que de l'eau bleue qu'on va devoir traverser. Et moi la boue, j'aime ça, j'ai pas un air de Peggy la Cochonne pour rien."

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Vendredi 14 décembre 2007

« ESC Nantes. Promotion 1987. »
Souvenir, souvenirs. Plutôt bien écrit ce bristol. Quelle drôle d'idée de se retrouver 20 ans après ? J'aime pas ces chiffres ronds, pourquoi pas 19 ou 21 ?

« Vingt-ans après, que sommes-nous devenus ? »
La question est : que sommes-nous devenus ?
Etions-nous un « nous » ?
Que suis-je moi devenu ? Réussite exemplaire aux dires de tous, enviée de chacun.
Céline ? Plutôt effacée, discrète, excellente élève, la meilleure d'entre nous sans doute. Une capacité de travail inouïe, ingurgiter, ingérer, digérer tout, y compris l'indigeste.

Diaporama mental : Carmina ? Baptiste ? Juliet ? Eric ? Erwan ? Maelle ? Odile ? Frédéric ? Jean-Michel ? Et les autres. Combien ? Une vingtaine environ.
Enseignants ? Stratégie : Corentin Curchod, RH : Bertrand Benard, marketing : Sylvie Lombard…
Le quai des entrepreneurs, le sens du management… Audencia, un joli nom pour une école de commerce. Il évoque l'audace et l'attention, un peu d'humanisme dans un monde formaté pour les très hauts potentiels, ceux qui ont à la fois une solide culture générale, des facultés de vision, de conviction et d'innovation.

Horreur des retrouvailles, de fouiller dans le passé, de regarder derrière, aller de l'avant, peur de vieillir.
« Surprises, émotions et frissons seront au rendez-vous. » Rires.

« Tenue de plongée », ça sonne comme tenue de soirée, bal costumé, bal masqué, un tuba pour respirer le poids des souvenirs, un carnet de bal et des palmes pour marcher sur les pieds de sa cavalière.
« Chasseur… ». De têtes ? J'irai pas. Pas le temps, pas envie.

Diaporama, suite. Ingrid ! Elle irradiait de sa lumière, ombre délicieuse à la peau laiteuse, voie lactée, sourire enchanté, grâce, fragilité, ses épaules, ses poignets. « Dieu n'a pas trouvé mieux… »

« Alors Marian, tu iras ?
- Non, je n'irai pas chérie, je n'en ai pas envie, je préfère rester ici auprès de toi et des enfants. »
Pourquoi ressasser à l'infini avec des gens que je connais plus, se remémorer quoi ? »

Ingrid ? Seras-tu là ? Je dois y aller, j'irai.

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Vendredi 14 décembre 2007

Un hoquet de surprise étrangle Eliana. Là, dans le coin de la loge se trouve une rose rouge avec une étoile. Voilà six mois qu'elle n'en avait pas reçu. Voilà six mois que son imbécile de mari est mort. Celui-là, il n'avait pas grand chose à part le nom prestigieux de sa famille. Faut quand même dire que "Massimo" ça sonne mieux que "Pietri". En y repensant, elle avait chèrement payé pour ce changement de nom...
Ouf! Rien à voir avec"Tu es MON étoile". Non, c'est une invitation pour des retrouvailles. Eliana soupire; cette Céline n'a rien dû faire d'exceptionnel dans sa vie pour vouloir ressasser un passé vieux de 20 ans. dans sa mémoire reviennent quelques visages, quelques prénoms. C'est bien joli de se rappeler un peu, mais qu'avait-elle en commun avec eux? Qu'avait-elle bien pu leurs raconter comme histoire?
En Diva, elle sort par l'entrée des artistes, sans un au revoir.
Devant un whisky bien tassé, elle réfléchit au contenu de l'étoile. Un château, de la plongée, la chasse, de l'équitation; manque vraiment plus que le golf au tableau.
Et tout ça, pour des retrouvailles! Ça doit être vraiment important pour"La Céline"En tout cas, si j'y vais; ils les feront sans moi leurs animations de petits bourgeois.
Gorgée après gorgée, elle pèse le pour et le contre.
Peut-être un riche célibataire? Peut-être une porte sur un nouvel avenir?
Il y a juste une chose qui la froisse. Comment cette gourde de Céline a-t-elle su pour la rose et l'étoile? Si elle connaît ce détail; elle en connaît peut-être d'autres?
Deux semaines plus tard, Eliana enfile une perruque blonde, un petit impair bleu marine et de fausses ballerines(elles ont un talon)Elle se dirige vers la gare avec une seule pensée:
Que le spectacle commence..

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Vendredi 14 décembre 2007
    Se faire réveiller par une explosion, c'est déjà un cauchemar. Se retrouver couvert de verre et exposé à tous les vents, c'est une version soft de la fin du monde.
    Je me précipite hors de mon lit, effectuant une jolie danse de l'ours lorsque mes pieds nus découvrent le sol jonché de débris. Je lève la tête pour pousser un hurlement de loup et reste figé de stupeur. Là, dans mon plafond est fiché un morceau de métal chromé qui n'a rien perdu de son éclat. Il ressemble furieusement au pare-choc de ma Jaguar ...
    Je suis dans un état second lorsque je cherche mes charentaises. Je les trouve enfin, malicieusement cachées sous un amas de plâtre tombé du plafond. Je me dirige vers le balcon, à peine étonné de ne pas avoir à ouvrir les portes-fenêtre. Dans la rue, un spectacle apocalyptique. Un camion de la fourrière renversé brûle furieusement. Partout des véhicules défoncés, certains en flammes, d'autres sur le toit. Un rire nerveux, irrésistible s'empare de moi quand je découvre ce spectacle surréaliste de mes voisins en pyjama sur leurs balcons ou penchés à leurs fenêtres. Ce rire de dément se cristallise douloureusement dans ma gorge lorsque mon regard se pose sur le passage piéton où devrait se trouver ma voiture. "Merde! C'est ma bagnole ..."
    Il est six heures du matin. Déjà, les premières sirènes emplissent l'atmosphère. Je fonce à la cuisine. "Sans café, pas de journée" est ma piètre devise. Je mets en route la machine et me prépare une tasse qui ferait pâlir la bombe. Ce bruit familier me permet de repasser en mode pensée. "Les russes! Ces putains de Ruskis! Ils n'ont pas attendu longtemps pour passer à l'acte. Moi qui croyais avoir une marge de manoeuvre ... Il faut que je disparaisse quelques temps!" Le café brûlant m'arrache un gémissement. Je me douche en hâte et contrairement à mes habitudes, je m'habille en moins de cinq minutes. Jean, chaussures de sport, blouson de cuir, base-cap et le plus important, des lunettes noires. Je jette un coup d'oeil rapide vers le miroir et ce reflet que j'y aperçois me contrarie profondément. "Ma journée est foutue ..."
    Je me dirige vers la commode où je laisse mes téléphones portables quand du coin de l'oeil, je distingue le carton d'invitation, reçu il y a quelques temps: « ESC Nantes. Promotion 1987. Vingt-ans après, que sommes-nous devenus ?" Je m'en empare plutôt satisfait de cette main heureuse. "Là, ils me retrouveront jamais!".
    Je dévale les escaliers et tente une sortie par la porte principale. Une voix rocailleuse, appartenant à un uniforme de la police nationale, m'instruit: "Restez chez vous! Il pourrait y avoir d'autres bombes." Je m'en retourne donc, sans contester, traverse la cour, saute le petit muret qui nous sépare de l'immeuble qui donne dans la rue parallèle à la notre et me voici dehors. Libre ...
    Je cherche un taxi. Le portable de la ligne direct avec Roger vibre. "Justin. Les boches de Hambourg sont furieux! Ils disent que la fournée d'Albanie ne leur convient pas du tout. Il faut que tu rattrapes le coup!""Ok, Roger, je m'en occupe. Les russes ont fait sauter ma voiture. Il faut que je disparaisse pour un temps. Je te tiens au courant.""Taxi! Taxi!" Je monte dans le taxi providentiel qui vient de stopper à ma hauteur. "Pour aller en Sologne? C'est quelle gare?"


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Vendredi 14 décembre 2007

J'étais là, assis, à regarder passer le paysage, les pylônes qui s'enchaînaient à grande vitesse, les vaches qui avaient l'air de me regarder défilaient elles aussi. Ouais, les vaches me regardaient ! ça peut vous paraître con, mais j'en reste persuadé ; depuis toujours, les vaches regardent passer les trains. Pourquoi ? J'en sais rien et puis je m'en fous ! Quoi qu'il en soit, j'étais dans ce putain de train, destination Blois...
Ma voisine de siège n'avait pas décroché un seul mot à mon égard depuis le départ du train et ce, malgré un bonjour, lancé à son attention, dès mon arrivée dans le compartiment. Elle avait des lunettes noires vissées sur le nez, un portable dans chaque main et ne prêtait aucune attention à ma personne. Juste en face, une veille bique et une femme obèse ne cessaient de s'observer. J'avais l'impression que la grosse, allait d'un instant à l'autre, lui sauter à la gueule...Elle était grosse, ouais, mais gardait un très joli visage. Elle potassait une espèce de dossier depuis le début du trajet et donnait comme l'impression d'apprendre son rôle... Étrange comme comportement, le personnage était en parfait décalage avec l'attitude et le physique...
Cela faisait maintenant 30 bonnes minutes que le train roulait et je me demandais encore ce que je foutais là. Je sors l'invitation de ma poche, tout en essayant de me remémorer au mieux, l'école, la promo 87 et tout le toutime.... Je me rappelle bien d'un tas de gosses de riches, baignant dans l'opulence et pour qui la vie paraissait toute tracée . Je me souviens aussi du fameux bizutage ; Un WE à deux balles, qui aurait perdu de son intérêt s'il n'y avait eu cette Juliette Rosambo ; Ouais, c'est ça je crois, c'est le seul nom dont je me souvienne réellement, car cette petite garce, les avait tous à sa botte... Je m'en souviens simplement, parce qu'elle avait pour habitude de se pavaner devant les mecs le cul à l'air, ou presque, ce qui rendait folles les autres filles de la promo, qui était, il faut le reconnaître, bien moins jolie que son cul.. Heu que Juliette !
Je sortis de ma poche un Flash de rhum, en prit bruyamment une rasade, ce qui eut pour effet de faire tourner les têtes dans ma direction... Ben quoi ! Leur dis-je tout en m'essuyant aussi bruyamment la bouche du revers de la main... Quelqu'un en veut ? Personne n'a pipé mot ; ils ont baissé les yeux, et, chacun a repris sa petite occupation. La grosse, elle, a souri. Elle me lança un oeil amusé avant de se replonger dans sa paperasse... J'attrapais mes clopes, mon feu, et merde ! J'avais oublié que ces enculés de la SNCF avaient interdit de fumer dans les compartiments... Fait chier. Encore une heure au moins. Je replongeais a mon tour dans mes pensées tout en essayant de comprendre. Qui pouvait être invité ? Les autres, qui sont ils ? Et puis cette histoire de tenue de plongée, de fusils et de chasse ne me disait rien qui vaille... Mais qu'est-ce qui m'a pris bordel de merde, de monter dans ce train !

Cette mascarade me paraissait bien trop simpliste pour se résumer à ce qu'elle semblait être, pourtant, elle n'était pas dénuée de bon sens, j'en étais persuadé et devait être motivée par un intérêt tout autre que le simple fait de se retrouver 20 ans plus tard et là, résidait toute la question. C'était sans doute pour ça, que j'étais assis dans ce train. Pour ce qui est du reste, je ne savais rien et je supputais. 15 jours a me demander...
La seule certitude que j'avais, c'est que j'étais sans doute en train de faire, une énorme connerie.
On n'invite pas quelqu'un comme moi !

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Vendredi 14 décembre 2007

- Oui oui tante Jane, je passe vous voir lundi ou mardi après mon week-end en Sologne. Oui je prends l'Eurostar jusqu'à Calais et ensuite je loue une voiture. Oui ne t'inquiète pas je peux conduire en France. Alors à bientôt. Embrasse tout le monde pour moi. Ok. Bye.

Ouf, voilà une bonne chose de faite. Flûte, je suis à la bourre. Bon il faut que je file là tout de suite sinon je vais rater le train et franchement je n'ai pas envie de courir.
Ah oui, ne pas oublier le carton d'invitation de Céline et le plan.
Je me demande quand même pourquoi Céline veut nous revoir. Elle ne doit pourtant pas avoir de très bons souvenirs de cette dernière soirée. Franchement je me demande si j'ai vraiment envie d'y aller. On va parler de quoi d'abord, hein ! Puis j'imagine que Juliette va se ramener dans une de ses jupettes bien courtes, mais cette fois je lui donnerai un cours de mode à la miss, ouais ouais.
Et puis c'est quoi cette histoire de tenue de plongée. Il n'est absolument pas question que je leur explique pourquoi j'ai peur de l'eau. Je me demande d'ailleurs s'ils m'auraient acceptée s'ils avaient su que j'avais été envoyée finir mes études en France pour m'éloigner de la tragédie de la noyade de mon petit frère. Je jure que ce n'était pas de ma faute.

Bon, j'aurai quand même du prendre une photo de nous tous, ca aurait été marrant de voir comment on a tous changé. Et Justin? Je me demande ce qu'il est devenu et si même il se souvient que je l'aimais beaucoup. Ah oui...Justin...

Wagon 14. J'espère bien qu'il n'y aura personne à coté de moi. Pas envie de me retrouver avec un touriste qui va encore m'assommer tout au long du voyage. Bon j'espère que ce n'est pas lui là. Aie si, c'est lui.

- Bonjour. Oui je suis au 9. Oui oui j'ai assez de place merci.

Pourquoi il me dit ca lui ? Je ne suis pas grosse. Non mais je sens qu'il va m'énerver lui. Je vais faire semblant de dormir. Comme ca il me laissera tranquille.

- Vous allez à Paris ?
- Euh non, je descends à Calais.
- Ah, vous allez visiter Calais ?
- Non. Je passe seulement. Je vais rendre visite à des amis.
- Ah et bien moi je vais a Paris et…
- Excusez-moi, mais je suis très fatiguée et j'aimerai profiter du train pour me reposer un peu.

Je le savais. C'est toujours à moi que ca arrive des trucs comme ca. Mais de quoi je me mêle monsieur cent milles questions. Pourvu qu'il me foute un peu la paix...

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Vendredi 14 décembre 2007

Pourquoi tu te fais jamais une natte ? Pourquoi tu laisses jamais tes cheveux comme ça ? Pourquoi on vient pas avec toi ? Papa est toujours en retard, pourquoi ?
Parce que.

Je brosse mes cheveux. C'est vrai, il est toujours en retard, et moi, pressée aujourd'hui. J'ai beau tendre le doigt dehors, ça ne me dit pas si j'ai bien fait de bourrer jusqu'à la gueule mon sac de voyage, le temps est plat, les arbres encore bien verts pour un début d'automne, Samson se penche à la fenêtre aussi. Aïe, tu me tires les cheveux.
Hans triture l'invitation et ses Miel Pops. C'est où ce château, elle est riche, ta copine ?
J'enroule, fixe mes cheveux sur la tête, une habitude de 15 ans, Rapunzel ne déroule sa chevelure qu'au lit.
Céline M. ? Il y avait plusieurs Céline dans la promo, non, je ne vois pas laquelle ça peut être dans le trombinoscope qui s'affiche sur l'écran, aucun patronyme commençant par M. Rien ne m'enchante plus que de revoir des têtes que je ne reconnaîtrai pas, qui, au bout de 20 ans, auront enfin cet air pathétique de méchant loup de guerre lasse sorti du ventre de mère-grand. Tenue de chasse, de plongée, fusil… un parcours vital assuré, t'as qu'à croire, j'enfourne encore quelques bouquins, « la règle du jeu » de Jean Renoir, les poèmes de Marian Feldmann, une précieuse édition des contes de Grimm, je suis à l'abri de toute invitation pseudo sportive. J'ai quelques rêves en Sologne et du sommeil à récupérer pour cause de requêtes assommantes des avocats de ma boîte.

Maman ! Viens voir, y a du feu, de la fumée, y a les pompiers !
Nous sommes tous les trois à la fenêtre, et c'est vrai, le temps s'est engrisé, il grouille de klaxons et de gyrophares. Le mammouth du Jardin des Plantes tente un moment de galoper dans la fumée, puis disparaît. C'est une voiture qui finit de cramer.
Papa ! Hans s'agrippe à son père à qui il vient d'ouvrir. Je montre les sacs des enfants, je dis, je rentrerai dimanche soir, s'ils pouvaient avoir dîné, ce serait bien. OK il me dit. Samson réclame un p'tit souvenir du château, maman. J'ai les joues collantes d'amour et le chignon qui tangue. La porte se referme.
Je laisse un mot à la femme de ménage, trois bombes anti-acariens, la fumée se dissipe, juste un brouhaha et encore quelques voisins aux fenêtres. Je fourre dans mon sac l'invitation gluante de céréales, le plan d'accès au château, mon micro Mac en bandoulière et une paire de ciseaux, on ne sait jamais si les souvenirs ça t'as une de ces gueules…
Je pars à pied à la gare Saint-Lazare avec le sac de Samson. Trop tard….


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Vendredi 14 décembre 2007

« Comme c'est charmant, que cette idée est délicieusement originale ! Tu entends ça chéri ? Un week-end dans un château peut-être hanté et sans doute une plongée dans des marécages fétides au milieu de carpes féroces ! Je sens que je vais follement m'amuser !! »
Ainsi parlait non pas Zaratumachin mais Juliette Rosambo à son cher et tendre.
Sans lever les yeux de son journal, le dit cher et tendre fit « hum hum », « ha ha » « oh c'est bien » et attendit que son épouse soit partie pour faire sortir la bonne cachée sous la table…on ne sait dans quel but : peut-être pour polir…une petite cuillère ingénument tombée par là !

De son côté, Juliette Rosambo comptait bien impressionner ses anciens camarades par sa beauté et le poids quasin-porcin de ses bijoux en platine !
Elle espérait bien que tous ces loseurs auraient raté leur minable petite vie et pâliraient d'envie en la voyant.
Pour ce faire, elle avait un plan de bataille clairement établi : le vendredi soir, elle s'était fait faire ses injections de botox, une couleur blond-Marylin. Ensuite, elle avait délicatement posé un filet pour éviter que son brushing ne la lâche et s'était enveloppé le visage d'algues fraîches pour démultiplier les effets lissants du botox.

Le matin, elle se fit faire une manucure, pédicure, passa deux heures au spa, mit ses plus coûteux bijoux et enfila avec mille précautions son plus beau tailleur Chanel (un cadeau de sa meilleure amie Cécilia).
Malheureusement, au moment d'attraper ses clefs de voiture, le regard de Juliette fut capté par une coupelle remplie de délicieux chocolats.
Tentée, elle tendit la main et commença à grignoter le fruit interdit…vingt-cinq secondes plus tard, les boutons de son tailleur craquèrent laissant saillir un ventre de femme enceinte.
Effrayé par les secousses, le botox lui ressortit par le nez, inondant ses cheveux et ruinant le brushing.
Stressés, les pores de sa peau libérèrent quantité de sébum et d'odeur d'algues fraîches tandis que l'eczéma faisait son entrée fracassante !


Pour le coup, Juliette avait raté son effet !
Qu'à cela ne tienne, il lui restait ses magnifiques bijoux, ça suffirait à impressionner tous ces ploucs !
Madame Rosambo prit les clefs de voiture et démarra son cabriolet.

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Vendredi 14 décembre 2007

« Vingt ans, tu parles d'une idée à la con ! « On s'était dit rendez-vous dans… ». Le genre casse-gueule où tous les couillons présents se détaillent les rides, la cellulite, la bedaine ou la couperose en se donnant du « Oh mais tu n'as pas changé ! » avec des trémolos d'Iglesias dans la voix. Ou alors le genre véroles perverses qui vous assassine d'un « C'est toi ?... Non, ne m'dis pas ! ». Ca donne des envies de meurtres des trucs pareils. Va y avoir du sang en Sologne, et ce sera pas celui des cervidés. Et puis pourquoi elle veut nous réunir cette Céline M. Pas fichue de signer pour de bon. Y'a un lézard là-dessous. »
- … Peut pas faire attention le pépé là ?... ça sert à quoi les clignotants ? Font chier les vieux au volant. Ca devrait être interdit !
Au volant de sa Twingo relookée en violet par un ami artiste qu'elle a payé en faveurs spéciales, Carmina Hélio vient de quitter le périphérique. Conduire la met toujours de mauvaise humeur. D'après ses calculs dont elle connaît la médiocrité, elle devrait arriver au château de la fameuse Céline dans au moins trois heures. Ca lui laisse le temps de soliloquer tout en écoutant Era en boucle pour tenter de se calmer.
« A la santé d'Internet. C'est comme ça qu'elle m'a retrouvée. Carmina Hélio, célibataire à vie que tu peux choper sur le net et ramener vingt ans en arrière. Moi aussi j'en ai retrouvé, des chieurs de ce temps-là. Je me souviens bien d'une Ingrid je sais plus quoi… Plutôt sympa, pas moche, qui m'avait même filé un de ses devoirs un jour où je m'étais tellement biturée que j'avais zappé. Y'avait aussi Marie… Ah Marie ! Oui, je me souviens. Joli petit cul et tête bien faite. Ma première expérience homo… Bien envie de voir comment ça s'est arrondi tout ça. Et puis les mecs, bien sûr. Je me demande s'il y aura Justin. Mmmm Justin !... »
Ce souvenir qui lui revient lui donne un peu chaud. La clim de la Twingo ne fonctionne plus depuis longtemps aussi baisse-t-elle la vitre, faisant s'envoler ses cheveux noirs jais et le bazar qu'elle n'a pas pris le soin de ranger dans son sac de voyage à l'arrière de la voiture.
« Oui, Justin ! J'espère qu'il ne viendra pas avec une pétasse. Qui d'autre ?... Bah, je verrai bien. En tous cas, qu'ils ne comptent pas sur moi pour foutre le bout des orteils dans une piscine. De toutes façons, j'ai pas de maillot. »

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ck
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Vendredi 14 décembre 2007

- Ce n'est pas possible que je bute sur cette foutue équation !
De rage, il envoya valdinguer par terre le savant désordre agencé sur sa table de travail. Alertée par le fracas, sa jeune et séduisante assistante entra précipitamment dans la pièce.
- Professeur, professeur, calmez-vous ! Que vous arrive-t-il ?
- Ah Olga ! Vous rendez-vous compte, je suis sur le point de découvrir la formule mathématique qui va changer la face du monde et, moi, Antone Marlus, brillantissime mathématicien, rompu à tous les honneurs, futur prix Nobel, je sèche lamentablement sur cette vulgaire équation !!!
Elle regarda déconcertée le tableau, sur lequel était inscrite d'une écriture vive, une formule mathématique de maintes lignes brusquement interrompue. Elle se rapprocha de lui, et le prenant par la taille, lui susurra :
- Tenez, je vous ai apporté le courrier, lisez-le, cela vous détendra.
Puis, elle l'embrassa sur la joue et se retira discrètement, le laissant à son désarroi.
Antone s'écroula dans le premier fauteuil venu, tenant à la main son petit paquet d'enveloppes. L'une d'elle se distinguait immédiatement, elle était de couleur rose. Il décida de la décacheter en premier. Il en tira un petit carton odorant. Ce parfum ne lui était pas inconnu, mais il ne parvenait pas à se remémorer où il l'avait précédemment rencontré. Il en lu les premières lignes : « ESC Nantes. Promotion 1987. Vingt-ans après, que sommes-nous devenus ? »
- Olga ! Olga !
Olga apparu essoufflée. Elle savait que dans ces moments là, il ne fallait pas faire attendre le professeur.
- Préparez immédiatement ma valise, je pars quelques jours !
- Vous partez ?
Le professeur n'eut pas la patience de lui expliquer et lui tendit le carton.
- Je ne comprends pas, dit-elle en faisant la moue. Pourquoi ce départ précipité ?
- Mais enfin Olga, 1987, c'est l'année de mon amnésie. Vous rendez-vous compte, je viens d'apprendre que je fais parti d'une promotion ! J'ai côtoyé les gens qui vont se rendre à ce week-end. Ces gens, ce sont mon passé. Je vais retrouver ma mémoire !
- Ne vous emballez pas comme ça ! dit-elle quelque peu dépitée, votre présent est ici, avec vos travaux. Le passé ne peut vous apporter que du désagrément !
- Taisez-vous et allez préparer mes bagages ! lui somma-t-il d'un ton définitif.
Olga obtempéra. En passant par le couloir, elle s'arrêta devant le téléphone, composa un numéro. Dans l'autre pièce, elle reconnut la Walkyrie de Wagner que le professeur, euphorique, avait placée sur sa platine. Elle pouvait téléphoner en toute quiétude.
- Allo Kronov ? La formule est quasi finie. Le problème c'est que le professeur s'en va quelques jours en Sologne rejoindre des anciennes connaissances. Je n'ai pas pu le retenir !
- C'est pas bon du tout ! Nos agents ont déjà manqué l'attentat contre Justin Meunier…
- Je pensais qu'il trempait dans la drogue et …
- Cela ne vous regarde pas ! Les américains doivent être sur le coup aussi. Sans compter les boches de Hambourg ! Vous devez partir impérativement avec lui ! Je vous rappelle que votre mission est de le protéger et de veiller à ce que personne ne s'empare de la formule durant tout le voyage ! Je m'occupe de la sécurisation de la zone d'arrivée. Agent Olga, ne nous décevez pas ! Clic !

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Vendredi 14 décembre 2007

Je tourne et retourne ce carton d'invitation que je regarde sous toutes ses coutures.
Comment m'a-t-on retrouvé ? Je croyais avoir brouillé les pistes.

« ESC Nantes. Promotion 1987.
Vingt-ans après, que sommes-nous devenus ?
Retrouvons-nous le temps d'un week-end dans le somptueux cadre du château de La Boissière, en plein coeur de la Sologne, pour partager petits et grands souvenirs.
Surprises, émotions et frissons seront au rendez-vous.
Tenue de plongée exigée.
Pour les cavaliers, bombes et cravaches seront fournies par les propriétaires du château, ainsi que des fusils pour les chasseurs.
Ci-joint, un plan pour rejoindre La Boissière».
Céline.

Je l'ai reçu depuis plusieurs jours déjà et il m'a ramené à « ma vie d'avant », cette vie que je m'efforce d'oublier. Ce bristol me brûle les doigts mais je ne cesse de le relire, fasciné, intrigué mais surtout mal à l'aise par les souvenirs qu'il m'évoque. J'ai fait table rase de mon passé et je ne compte pas le ressusciter. Déterrer les souvenirs enfouis me ramènerait à cet « autre » que j'étais et que je veux oublier.

Deux ans que je vis ici, dans cette ferme que j'ai restaurée, au fin fonds de la Dordogne. J'ai détruit ces cadres normatifs qui figeaient mon existence dans la médiocrité : ma femme, mes enfants, mon travail…Pour la première fois, j'ai décidé de donner à ma vie l'orientation que je voulais qu'elle prenne. Ce n'était pas bien compliqué. J'ai juste appris l'égoïsme.

Je ne supporte pas ces réunions ridicules où l'on se retrouve pour parler du passé et pour le rejouer. Les banalités d'usage du style « Qu'es-tu devenu ? » « Où habites-tu ? » « Tu as des enfants ? » et autres sottises existentielles ne servent qu'à camoufler cette gêne tenace qui nous tenaille toujours assez vite. Car résumer une partie de notre vie est un leurre et les mots ne restitueront jamais avec précision la richesse ou la pauvreté de nos existences. Ces retrouvailles larmoyantes ne sont souvent là que pour masquer le vide intérieur de la plupart de ceux qui y sont conviés.
Cette invitation ne dérogera pas à la règle et je vais assister à un bal masqué de toute beauté.

J'ai décidé de me rendre à ce rendez-vous pour Céline uniquement. Je veux avoir le courage de lui dire ce que j'aurais du lui avouer il y a vingt ans. Je crois que je l'aimais. Lire son prénom en bas du carton a réveillé une ancienne blessure. Je veux aussi m'excuser pour ce qu' « il » s'est passé il y a vingt ans. J'ai l'impression que c'était hier. Je dois aussi régler son compte à cette culpabilité là. Je trouverai bien un instant d'intimité dans cette agitation pour parler avec Céline. Je trouve curieux qu'elle soit à l'origine de cette initiative.
Les revoir tous ne m'intéressent pas. Je n'ai rien à leur dire. Je suppose qu'ils seront tous là à rejouer leur rôle et à cabotiner comme des comédiens sur le retour. J'ai vécu « à côté d'eux » pendant ces années d'étude et la plupart, j'en suis certain, m'ont oublié. Je ne me souviens pas de tous leurs noms. La mémoire a cet avantage d'être sélective et parfois arrangeante avec vous.
S'ils m'insupportent, de toute façon, je retournerais dans ma tanière discrètement. Je n'embarrasse plus des susceptibilités des uns des autres. J'ai appris aussi ça.

« La Boissière …en plein coeur de la Sologne…». Au carton est joint un plan pour s'y rendre. Cela ne devrait pas être bien compliqué pour y arriver. Même pour moi.
Je partirai demain matin à la première heure.
Depuis mon accident de l'été dernier, je recommence à conduire un peu. C'est le premier long trajet que je vais effectuer. J'appréhende un peu. J'ai une voiture aménagée avec tous les équipements nécessaires alors tout devrait bien se passer. Ils vont découvrir que Baptiste Calvignac est devenu un canard boiteux qui ne se déplace nulle part sans sa canne. Au moins, cet handicap aura l'avantage de m'éviter la plongée, le cheval et la partie de chasse.

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Vendredi 14 décembre 2007

« - Oh, arrête, j'en peux plus ! Y a longtemps que je n'écoute plus tes conneries, alors tais-toi, s'il te plaît ! Tu me fatigues. »

Pfff…qu'est-ce que j'en ai marre de cette vie de con ! Depuis le temps que ça dure.
Je sors de la salle à manger en trainant mes belles savates délavées. Sur le meuble du téléphone, je vois dépasser de la pile de courrier à traiter ce carton orange. Je le saisis et l'ouvre lentement et commence à lire : « ESC Nantes. Promotion 1987. Vingt-ans après, que sommes-nous devenus ? Chère Monique, j'espère vraiment que tu as changé d'avis et que tu seras parmi nous pour notre superbe week-end de retrouvailles au Château. Nous t'attendons tous, alors viens, tu as le plan pour arriver jusqu'à nous. Merci. Céline M. »

Pffff…qu'est-ce que je pourrais bien aller faire avec tous ces abrutis, ces fils à papa ! Je n'en ai vraiment pas de bons souvenirs, ils se moquaient tous de moi : déjà c'est sûr, mes parents ne m'avaient pas gâtée avec mon prénom…et en plus j'étais déjà trop grosse à cette époque. Ce poids n'a pas cessé d'augmenter depuis toutes ces années en plus. Si c'est pour se comparer…j'hésite encore. C'est vrai, je n'ai jamais eu la volonté de changer mon corps, ma vie, mon destin…Et puis zut, si enfin je pouvais aller crier tout ce que j'ai sur le coeur dans ce magnifique château.
Je me rappelle bien de cette pouffiasse de Juliette : je suis sûre qu'elle n'a pas changé celle-ci, toujours à montrer son cul et à me laminer devant les autres ! J'aimerais avoir le courage de lui dire en face ce que je pense d'elle si elle est là ! Je me souviens aussi de ce type dont toutes les filles étaient amoureuses et qui se la pétait. Je le détestais moi, ce Julien, euh, non, c'était Justin, je crois !
Et aussi je me souviens de ce gars un peu à l'écart mais qui était quand même assez gentil avec moi, le seul d'ailleurs, Marlone je crois, ou quelque chose du genre. Comme j'aimerais qu'il soit là ! A lui je lui dirais peut-être merci d'être intervenu !
En effet, je me remémore surtout ce week-end soi-disant d'intégration, ce jour où j'ai été mise à nue, où mon corps a été meurtri à jamais par tous ces coups qui vibraient dans la graisse. Tout ça pour jouer au deux qui la tiennent…qu'est-ce que j'ai pu l'entendre cette connerie !! Le pire, c'est quand, contrainte, j'ai dû faire la même chose à l'autre nana, dont je ne me souviens plus du prénom, parce que c'était la meilleure ! Pfff…et si c'était cette Céline ??

Bon, je commence à réellement avoir envie d'aller jouer un peu à la bête au bois dormant.
Je file dans ma chambre préparer quelques affaires dans un grand sac puis pars ouvrir le coffre dans lequel sont déposés les fusils de chasse. Sans doute aurai-je la chance de croiser quelques quadrupèdes ou bipèdes perdus !

Allez, c'est décidé, je partirai cette nuit, laissant un mot sur la table pour les enfants...de toutes façon…ils sauront bien se débrouiller tous seuls, pour une fois !

- « Que fais-tu ? tu pars ? » me demande mon espèce de mari tout étourdi
- « Ben oui, tu sais bien que j'ai mon week-end de chasse dans les Pyrénées avec Fred et la bande ! Je dois partir très tôt demain matin » lui répondis-je, sachant pertinemment qu'il ne se souviendrait pas puisqu'il ne fait pas attention à ce que je dis depuis au moins dix ans.

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Vendredi 14 décembre 2007

C'était bien ma veine. Pile le week-end où j'avais décidé de me faire la malle en Sologne, il a fallu que ces connards d'ouvriers du livre déposent un préavis de grève. Ils réclamaient une prime de 50 euros pour les 2 pages supplémentaires du Spécial Rentrée de lundi !!
- Gère-moi, ça tout seul comme un grand !
Gérard, le DRH, m'a regardé, médusé. Je n'allais pas lui dire que je préférais aller tirer quelques biches et autres bestioles en Sologne plutôt que de passer mon week-end, séquestré avec des rotativistes ou des typographes. Non, merci, j'avais déjà donné !
J'ai ajouté, qu'on n'avait qu'à leur filer la prime. De toute façon, dans six mois L'Echos du Nord serait racheté par un marchand d'armes qui saurait faire le ménage, lui !
Gérard ne voulait pas céder. Question de principe !

Tes principes, tes principes, tu peux te les carrer où je pense…Vas-y, Bertrand, qu'est ce que tu attends pour lui dire ?

- De toute façon, tu as mon téléphone, on se tient au courant de l'avancée des pourparlers.
Et je suis parti en claquant la porte.

Avant de prendre la route, je devais repasser à la maison. Comme un imbécile, j'y avais oublié ma tenue de chasse et mon fusil.
Lisette, ma femme, qui avait pour une fois séché sa réunion paroissiale, m'attendait, assise sur le bord du canapé, genoux et toutes lèvres serrées.
- Et ça, c'est quoi ? me dit-elle, en me tendant le carton d'invitation. C'est qui cette Céline ?
- Personne, juste une ancienne cop…, élève de l'ESC Nantes…Oui, je sais, j'aurais dû te prévenir…De toute façon, je ne vais pas pouvoir m'y rendre. Je dois retourner au journal et sans doute y passer le week-end pour négocier avec les grévistes…Et puis, les réunions d'anciens combattants, la plongée…Tout ça, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé…
- Et tu as besoin de ton fusil pour négocier ?
- Ben…pas vraiment, mais on ne sait jamais. Ils peuvent être parfois agressifs ces gars-là…
- Tu n'as pas oublié qu'Emilie a une compétition d'équitation dimanche et que nous avons les Delanoë à dîner ce soir…
- Je ferai ce que je pourrais, Lisette.

Bravo, Bertrand, maintenant, tu es dans le pétrin absolu. Une grève sur les bras, un gros mensonge à ta femme…Continue. Quand vas-tu te décider à leur dire ?

J'ai embrassé ma femme avec la mine défaite du type qui s'apprête à passer un week-end pourri, en bras de chemise dans son bureau, à parler avec des gars qui ne veulent pas entendre raison, et à manger des pizzas…
J'avais à peine posé les fesses dans ma bagnole, visualisé rapidement l'itinéraire : autoroute A1, contournement de Paris par l'A86 ou N118, puis A10, qu'un message de Cécilia, ma maîtresse parisienne est arrivé sur mon mobile.
« Suis mal, viens et emmène-moi avec toi. »

Crétin, pourquoi tu lui as dit que tu passais le week-end en Sologne ? Elle va encore s'accrocher comme une tique, faire sa petite chatte, pleurnicher, menacer de tout dire à ta femme.
« Prépare le café, je serai à Paris dans deux heures. »

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par Collectif public publié dans : ESC Nantes
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Vendredi 14 décembre 2007
« ESC Nantes. Promotion 1987. Vingt-ans après, que sommes-nous devenus ? Retrouvons-nous le temps d'un week-end dans le somptueux cadre du château de La Boissière, en plein coeur de la Sologne, pour partager petits et grands souvenirs. Surprises, émotions et frissons seront au rendez-vous. Tenue de plongée exigée. Pour les cavaliers, bombes et cravaches seront fournies par les propriétaires du château, ainsi que des fusils pour les chasseurs. Ci-joint, un plan pour rejoindre La Boissière. »


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