Vendredi 11 avril 2008
Pendant que je cherche un moyen de sortir Baptiste de ce guêpier, mon mobile se met à vibrer.

“Allo ?”
“Où est Antone Marlus ?”
“Pardon ?”
“Où est Marlus ?”
“Je ne sais pas ! Et puis tu es qui toi d’abord ?”
“Ton destin si tu ne nous dis pas où se trouve Marlus !”

Je commence à paniquer en me remémorant la vision de la hutte, mon visage en sang en passant près de la voiture de Baptiste. Je fais signe à Juliet de s’approcher.

“Tu ferais mieux de la laisser en dehors de tout cela !” Mon interlocuteur me voit, il est là, quelque part...
“Je ne sais pas comment je peux vous aider... Je n’ai pas vu Marlus depuis vingt ans ! Je ne sais pas ce qu’il fait, où il peut bien être, je ne sais rien...”
“Kurt a bien spécifié que si tu ne te montrais pas coopératif : Entsorgung !” Ce mot hurle dans ma tête et génère un écho : “Casse toi !”
Entsorgung, un mot allemand bien senti : se débarrasser de ce qui soucie...

Je jette le mobile au loin et hurle à Juliet : “Dans la voiture !” Elle me regarde étonnée et puis elle crie lorsque deux trous se dessinent dans la carrosserie avec un bruit mat, les détonations ayant un léger décalage. Le tireur est à plus de trois cent mètres et par chance sur l’arrière du véhicule...
Je regarde Baptiste une dernière fois avant de prendre le volant et je démarre en trombe. Juliet a à peine le temps de sauter dans la voiture qu’une salve détruit les vitres arrières. Je suis dans mon élément. “Baisse toi !” Une autre rafale détruit le rétroviseur gauche. Une balle traverse le repose-tête et m’emporte un morceau d’oreille avant de faire exploser le pare-brise. Une route à droite s’enfonce dans le bois, je tourne, la voiture manque de se renverser. Maintenant nous sommes à l’abri du tireur, je me tourne vers Juliet...

- My God Justin mais que se passe-t-il ? Pourquoi on nous tire dessus ?
- C'est un peu long à t'expliquer Juliet, c'est en rapport avec mon passé !
- Mais tu es blessé ! Montre-moi ca.
- Ce n'est rien ! Nous avons peu de temps ! Juliet, je voudrai partir avec toi...
- Partir avec moi? Mais comment ça ? Que veux-tu dire exactement Justin ?
- Juliet, les types qui nous tirent dessus veulent ma mort. Je vais changer de vie et j’aimerais que tu prennes place dans la prochaine.
- Et on part la maintenant ? Tous les deux ? Rien que tout les deux ? On laisse le passé derrière ?
- Oui, on laisse tout !
- Tu as vraiment envie de recommencer avec moi Justin ?

Je prends délicatement le visage de Juliet entre mes mains et je lui dépose un baiser sur les lèvres. Ses lèvres s’entrouvrent et sa langue douce cherche la mienne. Mon coeur bat comme il ne l’avait plus fait depuis longtemps. J’aimerais la prendre là, à l’instant, me fondre en elle. La vision du visage haineux de la hutte me revient à l’esprit et je reprends.

- J’ai compris beaucoup de choses avec les sioux, en particulier que seule la mort m’ attendait au château et les tireurs en sont la confirmation. Je t’ai toujours désiré, convoité, fantasmé.
- Moi aussi Justin, moi aussi. Mais je n'ai jamais oser t'en parler. Justin, oui je pars avec toi. Où tu voudras, quand tu voudras. Cela m'est égal où l'on va.

Cette confiance, cet abandon me touche, je chialerais presque de joie. Je me sens comme un adolescent bourgeonnant qui découvre son premier amour. Je me penche à nouveau vers Juliet et l’embrasse passionnément cette fois, sans retenue et sans penser. Je laisse glisser ma main sur sa cuisse, cherchant son sexe. Elle laisse faire, elle est mienne !

- Juliet, j ai de l argent sur un compte au Luxembourg, c’est assez pour nous permettre un nouveau départ. Il nous faut partir maintenant, nous allons aller à la ville la plus proche et laisser la voiture là.
- Mais ?
- Tu vas tirer autant de liquide que nécessaire pour nous permettre d’atteindre le Luxembourg et puis tu jetteras ta carte de crédit. Ton téléphone aussi si tu en as un.
- Je peux retirer l'argent de mon compte. J'ai tout l'argent de la vente de l'appartement. Rajouté à ce que tu as, ça devrait nous permettre d'avancer un peu. Mon téléphone ? Mais pourquoi mon téléphone ? J'en aurai besoin pour appeler la maison !
- oui les tireurs ont du relever le numéro de la voiture et ce soir ils sauront qui tu es après c’est un jeu d’enfant pour te localiser avec un cellulaire.
- My God. Tu ne crois pas qu'il feront du mal a ma famille ?
- Non je ne crois pas, c’est moi qu’ils veulent...
- Tu dois avoir fais quelque chose de grave.
- Je te raconterai tout, tout sans omission. Fais moi confiance !Nous devons partir maintenant ! Je n’étais pas un type bien !
- Oui je te fais confiance. Je ne sais pas pourquoi Justin mais j'ai toujours eu confiance en toi. Je sais que ca va te paraître étrange mais je crois que toi et moi on pourrait être heureux. - Je suis partant pour le bonheur mais d abord pour le Luxembourg.
- Alors allons-y my darling !

Je la regarde intensément en démarrant la voiture. Je lis sur son visage une confiance totale et j’ai un pincement au coeur... Et si je décevais ses attentes ? Si je flétrissais son amour ? Suis-je capable de vivre avec une femme ? Je pense à mon fils, à mon divorce, aux sioux, à Marlus et aux maffias... Tout se bouscule dans ma tête.

Une voix cynique et glaciale surgit du plus profond de mon être. “T’inquiète ! Si ça marche pas, elle pourrait bien devenir ta première pute pour ta nouvelle vie...”

Je ris.

FIN

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par Collectif public publié dans : Chapitre IV, la fin du parcours
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