J’ai beau être captivée par la scène que je mitraille, j’entends malgré tout un bruit qui se rapproche derrière moi ; loin de tenter de masquer son approche, celle ou celui qui marche dans ma
direction semble tout faire pour attirer l’attention. Je me détourne un instant pour voir qui arrive d’un pas si pesant… Un homme déboule, débraillé, visiblement du genre qui tête autre chose que
sa mère, le bide en avant… Et là je reconnais instantanément Eric Geneste, le Riri. Avec Fifi-Monique et l’inconnu-Loulou, y’a une belle brochette de nuls dans cette cambrousse. Le Riri, vingt
ans auparavant, c’était déjà un grave et visiblement ça ne s’est pas arrangé avec le temps.
Pensant que sa démarche mamouthesque a pu alerter les deux zouaves meurtriers, je glisse rapidement mon numérique dans la poche de ma jupe. Ah les jupes gitanes, qui sait ce qu’elles peuvent
cacher ? Devant l’,,il interrogateur d’Eric, je mets mon index sur ma bouche pour qu’il fasse silence et lui fais signe de se rapprocher rapidement tandis que j’entends avancer Monique et
monsieur Juliette au-dessus de nous. En même temps, je me débrouille pour faire sortir mon sein gauche –le plus moelleux des deux- de mon corsage. Faut voir les yeux du Riri quand il avise mon
aréole brune qui dépasse du décolleté. L’alcool aidant, on dirait un moujik au Crazy Horse.
Ce qu’il y a de pratique chez les mecs, c’est qu’ils sont très prévisibles dès qu’il y a du nichon ou de la miche dans le viseur. Disparus, les neurones, y’a plus que leur appendice génitoire qui
soit en état. Avec Eric, ça ne loupe pas et il se rue littéralement sur moi comme un micheton tout juste sorti de prison. La tête coincée entre mes seins, il est déjà au ciel . C’est dans cette
position que nous découvrent Monique et son complice. Au-dessus de nous, ils hésitent quelques secondes sur la conduite à tenir ; mon subterfuge semble marcher. Ma grande jupe relevée cache à
moitié nos visages et tout ce qu’ils peuvent apercevoir, c’est un couple pressé qui n’a pas pu attendre pour aller au rut. Pour donner le change, je me mets à crier « oh oui, prends-moi,
prends-moi, là, tout de suite… ! »… « Ouiiiiiiii ! Aaah ! ». C’est fou ce que ce genre de simulation peut fonctionner. Des années que je fais ça et jamais un homme n’a imaginé que son bigoudi ne
me faisait pas friser, que je n’étais pas dingue de son gourdin…
J’entends les pas des meurtriers qui s’éloignent. Pendant tout ce temps, le pauvre Eric, la tête coincée entre mes seins était en train de cyanoser et ses mouvements pour se dégager ont pu passer
pour de la fébrilité. En fait, alors qu’il sort sa tête et reprend une bouffée d’air, je me rends compte qu’il a pu dégager autre chose de son pantalon. Et là !... Ok, il est vrai que je n’en ai
pas vu depuis un petit moment mais vraiment, jamais je n’aurais pensé qu’il était aussi bien monté, le Riri. Devant mes yeux ronds, il a un petit rire, du genre « tu vas passer à la casserole, ma
poulette ! » Et puis il se jette sur moi. Comme il s’empêtre un peu dans mes jupes, je l’aide à trouver la voie… Les hommes sont si maladroits ! Je vous le donne en mille : cette fois-ci, mes
cris, c’est pas de l’intox. Nom d’une gorette, mais quel pied !!!
Lorsque nous émergeons, après moult râles et jurons de plaisir, à faire rougir les cerfs du coin, Eric me regarde. Dans ses yeux je vois briller quelque chose qui me fait frémir. Une candeur, de
la souffrance, un soupçon d’espoir… C’est pas Brad Pitt, le bonhomme mais…
- Carmina, Carmina… t’es plus belle que dans mon souvenir…
Bon, les compliments, ça n’a pas l’air d’être son truc mais son accent de sincérité me touche.
-Toi, t’es pas plus beau mon Riri, mais… tu me plait… Tu veux bien que je t’appelle Riri ?
Il fait oui de la tête et va pour me peloter à nouveau.
- Non, attends ! Je crois qu’on va avoir le temps pour ça tous les deux. Tu sais quoi, il me semble qu’on est partis pour faire un bout de chemin. Qu’est-ce que t’en dis ?
Ses yeux disent oui, le baiser qu’il me donne aussi. J’en reviens pas. Même le goût du rhum, sur ses lèvres, j’aime.
- Pour le moment, il faut vérifier que les autres sont partis… Je t’expliquerai en chemin, ma voiture est par là.
Ils sont partis. Rien ne bouge. Alors main dans la main nous allons vers la fosse que les cochons ont désertée. Pauvre Juliette ! Je la détestais mais quand même ! Je veux oublier cette image.
Eric vomit. Rhum et carnage ne font pas bon ménage. Je l’entoure de mes bras et, en amoureux, nous revenons à ma voiture. Je vais pouvoir lui raconter ce qui s’est passé et le parti que nous
allons tirer de la situation. Vu son look, il ne doit pas déborder d’oseille. Moi qui espérais me trouver un mec friqué, c’est raté mais… Je lui caresse la main. Il a toujours l’air un peu vert.
Qui sait ? Il devient peut-être allergique à l’alcool. Et puis je mets le contact.
- Allez, Titine, fais-je à ma Twingo docile, tu vas nous trouver le chemin de ce foutu château.
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