« Ici radio-gorette, en direct d’un fossé perdu près d’un hypothétique château… ». J’le crois pas. Si un jour l’envie vous prend de vivre des moments intenses, à vous nouer les tripes, oubliez le
grand huit, Stephen King, les partouzes sado-maso ou le concours local de macramé. Prenez un coin de cambrousse, une grosse bourgeoise, une truie à face humaine, un hurluberlu déjanté, enfin une
vraie gorette et ses petits. Pas besoin de shaker, vous plantez tout ça dans un lisier et…
Toujours planquée dans le fossé, j’ai du mal à croire ce que me montrent mes jumelles. Je suis même tentée de les poser pour frotter mes yeux tant ce que je vois est Hénaurme. Jel’ai dit, j’aime
bien mater et j’en ai vu des engueulades, parties de touche-poireau et autres scènes de vie très ordinaires. Ah, Céline, je n’ai aucune mémoire de ta tronche mais il me revient en mémoire ton
côté salope qui joue les saintes. Mon majeur me dit que tu essaies de nous entuber avec ce « souvenir-souvenir » et tes cartes à la con. Pas de hasard ici.
Avec la scène de Madame et les cochons, j’avais bien ri mais comme dans les parties de jambe en l’air, ce n’était que les préliminaires, rien qu’une gâterie… La truie est remontée dans son
carrosse et la bourge au tailleur maculé de sang passe devant sa voiture sans s’arrêter. Prise par l’action, je ne réalise pas tout de suite que je les ai reconnues. La gorette, c’est Monique…
Limande ou un truc comme ça. Avant, elle faisait un peu caille et maintenant, elle fait franchement poiscaille, criée... avec en prime une croûte de purin. L’autre, la fausse bûcheronne auréolée
de sang et de sueur, l’air mauvais comme un morpion qui se serait fait éjecter de son poil, c’est Juliette… Rosambo. LA Juliette. Tandis qu’elle passe à quelques mètres de moi, me vient l’envie
subite de sortir de ma cachette pour me jeter sur elle, lui arracher les ongles, la brancher sur la batterie de ma Twingo… Une brassée de souvenirs vient de remonter à la surface de ma peau. J’en
suis toute hérissée.
Allez savoir pourquoi, l’idée me vient d’aller chercher mon petit appareil photo numérique dans la boite à gants de ma voiture restée portes ouvertes à deux pas. J’abandonne mes jumelles et je
reviens rapidement à mon poste d’observation. La, je vois arriver la Monique… Turbot, c’est ça. Elles échangent quelques mots. Dans mon fossé, je biche tout en prenant des clichés. Je ne perds
rien de la scène : va et vient de la Monique qui est allée prendre un fusil dans sa bagnole et qui revient. Juliette se met à rire avec mépris en la reconnaissant. Elles ne s’aimaient déjà pas
beaucoup il y a vingt ans et leur échange verbal montre que ça n’a pas changé… « Espèce de salope… » Ca c’est la Turbot qui cause… « Monique la truie ?… ». De rage, Monique se met à faire grêler
les coups sur Juliette qui continue à rire. Alors la Turbot la braque. Mon ,,il droit vissé au viseur, je fais cliqueter le déclencheur pour immortaliser… Le fusil braqué vers Juliette, la hache
dans la main de Juliette, le coup qu’elle porte à l’épaule de Monique… J’ai cru qu’elle l’avait tuée mais la Turbot-truie, c’est résistant et finalement, c’est Monique qui donne un coup de crosse
à la Rosambo puis la braque à nouveau en criant : « Cette fois-ci, t’es morte!"
Et là arrive le Joker. « Lâche ton arme »… C’est pas Zorro, ou alors revu et corrigé par madame de Fontenay dans le genre piquet dans le fion. Lui, je ne le connais pas mais je comprends que
c’est le demeuré qui s’est uni à Juliette, pour le pire… Mon c,,ur bat si fort que je ne distingue pas ce qu’il ajoute à l’intention de Monique mais celle-ci commence à s’éloigner. A moitié
groggy, Juliette se met à insulter son mari quand soudain, il tire sur elle. Le bruit de la détonation fait fuir tous les piafs alentour et moi, je manque en lâcher le numérique. Pas sûr que le
cliché ait une netteté parfaite. Ce serait dommage car les yeux stupides de Juliette à ce moment-là, ça vaut de l’or. Par contre, le zoom ne loupe rien de la scène suivante.
Elle est toujours aussi conne cette Monique. Avec un neurone de plus, elle aurait planté là ces messieurs dames et se serait barrée… Mais non, elle accepte de donner un coup de main au mari pour
transporter la garce. Jolis clichés de Monique et son acolyte improvisé attrapant Juliette inconsciente, qui par les bras, qui par les jambes… Dans le mouvement, la jupe du tailleur s’est
retroussée et je cadre en gros plan la cellulite tremblotante de la Rosambo. Moi, je ne tremble pas et je mitraille en les suivant à l’abri du talus alors qu’ils la transportent vers une fosse
d’où on entend les « grrouink » excités de mère gorette et ses petits. Punaise, ils la donnent à bouffer aux cochons ! Quand je vous disais ! Ca va être plus gore qu’avec Hannibal Lecter. J'vous
dis pas dans quel état sont mes dessous !
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