“Les albanaises sont très bien!” “Ça me réjouis de l’entendre. Qu’est-ce que tu veux que je fasses avec ce Marlus?” “J’ai fait des recherches et j’ai découvert que c’est un des
élèves de l’ESC Nantes, comme toi. Il est invité en Sologne pour une rencontre d’anciens. Tu vas y aller aussi!” “Et?” “Et rien. Tu restes à ses cotés pendant vos petites retrouvailles et tu
veilles à ce qu’il ne lui arrive rien!” “J’ai les russes au cul! Je ne peux rien faire!” “Je sais. Les russes on s’en occupe. J’ai une équipe de Turcs qui se sont mis en route
vers la Sologne à partir de Paris. Ce sont des professionnels et ils te couvriront.” “Et pourquoi tu t’intéresses tant à ce Marlus?” “Parce que le monde entier s’y intéresse. Nous voulons être les
premiers! Ah, j’oubliais. Les russes ont infiltré quelqu’un tout près de ton Marlus. Nous ne savons pas encore qui!” “Génial!” “Je te rappelle!”
La voix du conducteur du train nous annonce l’arrivée prochaine en gare de Blois. J’ai de plus en plus mal à la tête. Surtout avec les histoires de Kurt. Je sais même pas si je
le reconnaîtrais, comment était son prénom? Antoine? Antone! Et puis, de quels russes parle Kurt? Les miens, les mafieux? Ceux de Poutine? Remarque ce sont parfois les mêmes ... Je jette un regard
dans le corridor et j’aperçois une femme qu’il me semble reconnaître, ses beaux cheveux longs, si longs. Elle est bien conservée mais son look impossible ... Je détourne les yeux et pense à nos
déchéances ... Comment s’appelle-t-elle? Je remarque que peu à peu, les souvenirs remontent à la surface. Le mec du compartiment, l’ivrogne, je crois que c’est Eric et elle, je suis à peu près sûr
que c’est Ingrid. Le train s’arrête et je descends promptement afin de ne pas être obligé de communiquer avec les “anciens”. Un rapide coup d’oeil circulaire me rassure. Pas remarqué de
mangeur de Bortsch. Je vois un panneau lumineux “AVIS” et me dirige dans cette direction. Je me choisis une BMW 4x4 avec navigateur GPS. Je donne le nom de la
ville qui est inscrite sur le carton d’invitation et je pars. Je roule un bon moment, pensant à cette journée quelque peu agitée, à Antone et aussi à Juliet ... Il commence à faire sombre et j’ai
de petites taches de couleurs qui virevoltent devant les yeux. Je stoppe et sélectionne sur la navi: restaurant le plus proche. Ah, une auberge se trouve à deux minutes. J’ai faim et je suis à
bout. En route, je dépasse une voiture qui fume dans le fossé. Je vois bien qu’il y a quelqu’un dedans mais je suis trop crevé. J’appellerais les flics de l’auberge ... Me voici
arrivé, je commande un magret de canard avec une salade verte et des pommes de terre sautées. Et je bois un verre de la carafe posée sur la table. Je déguste cette eau comme un
nectar des dieux. Les perturbations oculaires persistent. J’en viens à me demander si cela ne serait pas une suite du coup à la tête. Nous sommes parfois si fragiles ... Je remarque des lumières
chaudes et douces par la porte-fenêtre. Je me lève pour voir ce dont il s’agit. Je crois que j’hallucine maintenant. Je vois trois tipis dressés en cercle et illuminés par un feu intérieur. Non
loin des tipis, je distingue des ombres qui s’agitent. Je suis transporté dans un monde lointain, inaccessible, mon enfance et ma passion des indiens. Mon visage éclairé par un sourire béat,
j’ouvre la porte-fenêtre et me dirige vers mon passé. J’entends des chants et un tambour. Je m’approche et distingue deux grands échalas à la peau sombre simplement vêtus d’une serviette de bain
sur les hanches. Ils m’invitent à me joindre à eux. “Hau, homme blanc!” me dit l’un d’eux en anglais. “Salut! Vous êtes de vrais indiens?” Ils rient ... “Nous avoir découvert
cette contrée et nous prendre possession pour notre chef Nuage Rouge!” Ils sont tordus de rire et je ris de bon coeur avec eux. “Nous sommes là pour une association à but non lucratif, ils veulent
faire découvrir notre culture.” “Ah? J’ai toujours aimé les indiens.” “Nous on a toujours détesté les blancs.” Les voilà repartis dans un rire sauvage. Je commence à apprécier ces deux
individus.
L’un d’eux se lève et rentre dans une petite tente ronde. L’autre se lève à son tour et se munit d’une fourche. A l’aide de cet outil, il extrait des pierres du feu et les passe dans la
hutte. Je remarque aussi un petit tertre sur lequel est posé un crâne de ? Vache? Ainsi qu’un calumet de la paix. “Tu viens avec nous?” “Où ça?” “Dans la hutte de sudation, on fait une cérémonie de
purification. Nous devons nous nettoyer, rencontrer trop de blancs ...” me dit-il avec un grand sourire. Je me lève et m’approche. “Déshabille toi le blanc!” J’obéis et rentre à l’intérieur. Il
fait sacrément chaud là-dedans. Le deuxième homme à finit de rentrer les pierres. Le premier me dit: “Je m’appelles Steve et mon ami c’est Leroy! Toi?” “Moi, c’est Justin!” Leroy rentre dans la
hutte en traînant un seau plein d’eau. La porte se ferme et tout est noir. J’ai quand même l’impression de me trouver dans un endroit gigantesque. Steve raconte quelque chose dans sa langue, je
crois qu’il prie. Il me dit: “Mon nom spirituel est Fiente d’ours.” il ne rit pas. Leroy ajoute: “Mon nom spirituel est Etoile chevelue.” il ne rit pas non plus. Il renchérit: “Et toi, nous
t’appellerons Putois grincheux.” et mes deux amis explosent de rire. “Je plaisante.” dit-il entre deux hoquets. Une odeur merveilleuse se répand dans la hutte. Ils ont mis quelque chose sur
les pierres car je remarque des grésillements et des étincelles. Steve verse de l’eau sur les pierres et Leroy se met à chanter et à battre du tambour. Je crois mourir, j’ai du mal à respirer et
cette obscurité me stresse. La chaleur devient intolérable. Peu à peu, je suis comme hypnotisé par le rythme et le chant. Il me semble voir la voûte étoilée au-travers des couvertures qui
recouvrent la hutte. Ils chantent et je m’entends fredonner avec eux. Je crois que je perds connaissance lorsqu’ils remettent de l’eau et entonnent un nouveau chant. Il me semble être là depuis une
éternité. La vapeur me mord les bras et les jambes. La porte s’ouvre et je voudrais sortir. “Soulève les couvertures derrière toi! Encore trois portes!” Je m’exécute et l’air frais qui me baigne me
fait tourner la tête. La porte se referme. J’angoisse en pensant à la chaleur à venir. Leroy reprend son tambour et entonne un nouveau chant. Steve prie et verse de l’eau sur les pierres. La force
qui m’avait été redonnée par l’ouverture de la porte disparaît en quelques secondes et je gémis sous les morsures de la vapeur. Soudain, j’entends distinctement le cri d’un aigle et je crois même
ressentir son aile qui me frôle. Je veux ouvrir la bouche lorsque je vois clairement Baptiste Calvignac, le seul avec lequel j’aurais pu avoir un lien d’amitié, se battre avec sa ceinture de
sécurité, au volant d’une voiture dans le fossé. Je vois aussi une arme comme chauffée à blanc à coté de lui. Je vois une BMW 4x4 passer lentement sur la route et j’entends ses appels à l’aide.
Conduisant cette voiture, je me vois couvert de sang, les yeux vitreux et cette copie de moi me sourit. Je hurle. La porte s’ouvre. Je voudrais m’enfuir mais je suis allongé, sans force au fin fond
de la hutte. Mes amis ne rient plus. Steve me regarde avec un drôle d’air, comme s’il voyait ce que j’avais vu. La porte se referme. Je vais mourir! L’eau, la vapeur, les chants, je perds
complètement contact avec ma vie d’il y a une heure. J’entends grogner un ours à l’extérieur de la hutte, je sens ses griffes traverser les couvertures et se ficher dans mes reins. Je hurle à
nouveau. Le tambour va crescendo et les chants atteignent un paroxysme. Alors tout disparaît et je vois Juliet qui me sourit. Elle est belle et elle sent bon, une odeur fraîche et pure. Elle
s’approche de moi et me renifle, elle est si proche que je sens la chaleur de son corps sur ma peau. Je prends sa tête entre mes mains et l’embrasse. Sa bouche s’ouvre sur la mienne et me mord
brutalement les lèvres. Je recule pour voir le visage d’un enfant, un garçon, qui me regarde méchamment. Je suis horrifié. Son visage haineux est trempé, comme s’il sortait du bain et il sent comme
de l’eau saumâtre. La porte s’ouvre et tout s’évapore. Leroy sort et amène la pipe. Il l’allume et l’air s’emplit d’un parfum agréable. Il me souffle la fumée sur le corps et c’est agréable. Il me
tend le calumet qui vibre entre mes mains et je prends une bouffée. Je passe la pipe à Steve qui fume longuement et semble plongé dans ses pensées. Je suis fini ... Steve prend la parole: “Les
esprits ont parlé. Ton nom spirituel est Braise Ardente. Tu ne devras le révéler que lors de cérémonies traditionnelles. Tu vas nous quitter pour aller à la rencontre de ton destin. Aujourd’hui tu
es un homme nouveau et tu es en grand danger. J’ai dit!” Je suis abasourdi. Leroy porte la pipe à l’extérieur et revient en refermant la porte. Eau, vapeur, feu, bois, esprits, animaux, homme
nouveau ... Ces pensées me déchirent. Ils chantent ... Je ne comprends pas ce que j’ai vu mais je souffre de ces visions. J’ai peur de Juliet. Ils chantent et je perds connaissance ...
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Quelle imagination!